Témoignage de Madame Dubois à 81 ans. Monsieur Dubois 83 ans est atteint d’un cancer qui l’a affaibli un peu plus chaque jour. Il y a quatre ans qu’il ne peut plus se lever seul, se coucher seul, se laver seul. Pourtant, il garde sa fierté, hors de question de manger au lit !

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Madame Dubois à 81 ans. Monsieur Dubois 83 ans est atteint d’un cancer qui l’a affaibli un peu plus chaque jour. Il y a quatre ans qu’il ne peut plus se lever seul, se coucher seul, se laver seul. Pourtant, il garde sa fierté, hors de question de manger au lit !

Mains agées

Le médecin a prescrit une toilette hebdomadaire. Le service de soin passe donc chaque matin pour faire la toilette. Dignité oblige, il doit avoir déjeuné à l’arrivée de l’aide-soignante. Madame Dubois l’aide donc à se lever, à s’installer dans son fauteuil roulant et le pousse jusqu’à la cuisine. Elle prépare chaque matin, son petit déjeuner, ses petites tartines sur lesquelles elle étale beurre et confiture. En attendant l’arrivée du service de soin, elle refait le lit de son mari, change les draps quand il y a eu un petit accident la nuit.

Quand l’aide soignante arrive, le nécessaire pour la toilette est près. La chambre propre, aérée.

L’aide-soignante laisse Monsieur au lit en repartant pour qu’il prenne un peu de repos. Pendant ce temps, Madame Dubois s’active à la cuisine. Elle prépare le repas du midi. Elle doit choisir ses repas avec attention, rien de trop difficile à mâcher ou à avaler.

A midi, elle aide Monsieur à se lever pour la seconde fois de la journée. Elle pèse 55 kilos, lui plus de 80. Plus le temps passe, plus il a du mal à l’aider et plus elle se fatigue. Elle l’aide à manger en coupant sa nourriture en petits morceaux, elle veille à ce qu’il ne manque de rien. Elle lui fait prendre ses médicaments.

Le repas terminé, elle l’aide à nouveau  à se coucher, puis, elle va faire la vaisselle, étendre le linge de la machine qui tourne chaque jour maintenant, repasser le linge de la veille, le ranger … Quand elle avait vingt ans, ce n’était rien, aujourd’hui, c’est un travail harassant. Elle n’en peut plus. Son dos la fait souffrir chaque jour un peu plus. Pour lui, elle garde le sourire, mais quand elle est seule, la déprime la gagne.

Elle prépare la soupe pour le repas du soir. Ils ne mangent plus beaucoup, mais la soupe toute faite n’est pas bonne, alors chaque jour, elle épluche ses légumes et cuit sa soupe.

En fin d’après-midi elle l’aide à se lever encore une fois. Elle l’installe devant la télé, ensemble, ils vont regarder « les chiffres et les lettres » puis « question pour un champion », ce sera le seul moment de détente qu’elle se permettra de la journée.

Après le repas du soir, il faudra à nouveau le recoucher, elle ira faire un brin de toilette et ira vite dormir, car elle sait déjà que sa nuit ne sera pas tranquille. Trois ou quatre fois, elle se lèvera pour l’aider à uriner.

Les enfants, lors de leur visite mensuelle, se rendent compte que leur Maman est fatiguée, mais comme elle ne se plaint pas, comme elle a toujours le sourire, ils ne prennent pas la mesure de son épuisement.

Le médecin conscient de la charge de Madame Dubois, lui conseille de demander l’APA. Madame Dubois fait donc les démarches nécessaire, elle complète le dossier, le renvoie. Une personne vient à leur domicile pour faire un bilan. Elle accorde généreusement quatre heures par semaine, mais ne donne aucun conseil concernant la façon ou le lieu pour trouver une aide à domicile ou une auxiliaire de vie. Madame Dubois, ne connait pas ce genre de service, elle n’a jamais fait appel à quelqu’un pour l’aider. Elle va donc au plus proche et embauche en chèque emploi service une voisine qui fait quelques ménages dans le village. Cette personne viendra deux fois par semaine pendant deux heures, pour faire le ménage.

Madame Dubois continuera à lever et coucher seule son mari. En fait, elle le fera jusqu’à ce que l’état de santé de Monsieur ne lui permette plus de rester à domicile. Aujourd’hui, elle à le dos « briser », une douleur constante qui l’empêche de vivre normalement.

L’avis d’une auxiliaire de vie :

” Je suis auxiliaire de vie sociale et cette histoire me révolte.”

J’ai étudié pour obtenir mon diplôme, je suis régulièrement des formations pour m’informer et aider au mieux les personnes.

Dans les livres, le métier d’auxiliaire de vie sociale est un merveilleux métier, ou l’on apporte de l’aide, de la compagnie, du soutien. Dans les faits, nous ne sommes, la plupart du temps, que des femmes de ménage, intervenant deux heures ici, deux heures là, pour passer le balai, la serpillière et le chiffon à poussière là ou, souvent, il n’y a même pas besoin.

Quelques fois, je me demande si les personnes de l’APA connaissent notre métier. Pour le cas de cette famille, l’évaluatrice aurait dû leur conseiller de se mettre en relation avec des professionnels. Elle aurait dû proposer que l’aide à domicile passe deux ou trois fois par jour pour l’aider à lever son mari.

Certes, la maison aurait  brillé un peu moins, mais Madame Dubois ne se serait pas abîmé le dos. Elle aurait eu chaque jour une oreille attentive à sa détresse. Un petit souffle d’air frais venu de l’extérieur apportant un peu de réconfort.

Il se peut que j’aie tort, mais pour moi un ménage parfaitement fait n’apporte pas forcement le bonheur. Il est bien certain qu’il faut un minimum de propreté et d’hygiène, mais lors de mes interventions lorsque la personne à besoin de parler, j’abandonne balai et serpillière pour prendre un café et écouter, échanger, conseiller.

Ce genre de situation se produira tant que le métier d’auxiliaire de vie sera méconnu et tant que chacun des intervenants ne connaîtra pas le travail de l’autre.

Pour ma part, je fais ce travail avec mon cœur. Je refuse de considérer mon métier comme un travail d’usine. Chaque jour, j’arrive avec ma bonne humeur et quelques anecdotes à raconter. Et quand je repars de la maison avec un sourire et un merci en poche, j’ai gagné ma journée !

Rédigé par Annick Toczé

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