"Papa est parti pour un autre monde, il y a neuf ans. Il avait 65 ans. Il était si usé qu’une personne ne le connaissant pas pouvait lui donner dix années de plus."

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” Papa est parti pour un autre monde, il y a neuf ans. Il avait 65 ans. Il était si usé qu’une personne ne le connaissant pas pouvait lui donner dix années de plus.”

Son cœur a commencé à donner des signes de faiblesse, il avait 58 ans. Et pendant ces années, il a été suivi dans le petit hôpital près de son domicile. Ce genre d’hôpital ou le personnel soignant connait et appelle les patients par leur nom et pas par le n° de chambre ou par leur pathologie. Ce genre d’hôpital ou quand vous ne pouvez pas dormir la nuit, l’infirmière vient s’asseoir au pied du lit pour parler. Ce genre d’hôpital ou quand vous demandez comment va le malade, vous rencontrez le médecin qui le suit, pas un inconnu qui ne connait votre père que par le dossier qu’il a sous les yeux.

Trois mois avant son décès, Papa a été conduit d’urgence dans un grand hôpital universitaire. Tout d’abord en réanimation de cardiologie.  Je suppose qu’il y a été bien soigné. Nous, la famille, avons été mis à l’écart. A chaque visite, j’avais l’impression que nous gênions le service. Je n’ai jamais vu un sourire compatissant ou entendu un mot de réconfort pour Maman qui, chaque jour, faisait 200 kimomètres en voiture pour passer l’après-midi au chevet  de son mari.

Au bout d’une semaine, Papa fut admis au service de cardiologie. Là ce fut le cauchemar. L’indifférence du service de réanimation nous paru bien douce tout à coup.

Quelle ne fut pas la surprise de Maman quand elle arriva le lendemain devant la chambre (double) de Papa. La chambre située au début du couloir était un passage obligatoire pour chaque visiteur. La porte de la chambre était grande ouverte et Papa était dans un lit à barrière, menotté à ces mêmes barrières et nu. Comment peut-on laisser une personne nue à la vue de tous ! Maman l’a recouvert d’un dessus de lit trainant dans un placard et s’est mise à la recherche d’une personne qui pourrait lui donner draps et couverture pour refaire le lit. C’est une « femme de ménage » qui a pris pitié et lui a donné le matériel nécessaire. Le lendemain, ma sœur accompagnait Maman. Papa était à nouveau nu et attaché, porte ouverte. Ma sœur à décidé de savoir pourquoi. L’infirmière-chef revêche, lui a dit brutalement, que son père perdait la tête qu’il arrachait son pénilex et qu’elle en avait assez de ramassez ces urines ! Ma sœur très choquée n’a pas su quoi répondre. Je dois expliquer ce qu’est un pénilex, c’est une sorte de préservatif avec un tuyau et un sac, ce qui permet de récupérer les urines. Ce sac se fixe sur les montants du lit. En fait mon père n’arrachait rien, le sac n’était jamais fixé, donc quand il se remplissait, le préservatif se retirait tout seul.

J’ai voulu porter plainte avec le soutien de mon frère et de ma sœur, car ce que je vous ai relaté ci-dessus a certainement été le pire mais loin d’avoir été les seuls gestes de maltraitance. Maman s’est opposée farouchement à notre décision de peur qu’il y ait des représailles à l’encontre de Papa qui n’était plus en mesure de se défendre.

J’ai du attendre son décès trois mois plus tard, pour relater cette histoire au Directeur de l’hôpital. Entre temps j’avais pu obtenir le témoignage du compagnon de chambre de Papa. Officiellement, l’hôpital n’a jamais voulu reconnaitre ses torts. Par contre, je sais de source sûre que l’infirmière en chef à été poussée vers la sortie. Pas un licenciement, pas de vague, mais une démission forcée.

Si un jour vous avez un doute, si vous pensez que votre proche est maltraité, surtout n’hésitez pas, parlez-en.

Moi j’ai fermé les yeux, mais croyez-moi, neuf ans après, j’ai toujours le regret d’avoir accepté l’inacceptable.

Une aidante

2 Commentaires

  1. Bonjour, j'ai subis la maltraitance à l'hôpital , j'ai porté plainte qui est placée sans suite . l'avocat m dit c'est ma parole contre la leur. je suis lourdement handicapée physiquement. depuis ma sortie de l'hôpital , je fais cauchemars tout les nuits. la loi n'est pas e mon coté et du coté des plus forts .
    cordialement

  2. Bonjour,
    Je suis désolée pour vous. J'espère que vous saurez surmonter ce traumatisme.
    Savez-vous qu'il existe des médiateurs dans les hôpitaux ? Vous pourriez contacter celui de votre hôpital . Vous n'obtiendrez sans doute pas de dédommagement, mais vous serez écoutée et vos remontrances seront rapportées au responsable du service.
    Cela peut permettre d'améliorer la prise en charge et d'éviter qu'une autre personne ne subisse la même chose.
    Bien cordialement.

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