Dans cette première partie d'interview, la psychologue nous apporte des réponses sur le fait que les aidants ne veulent pas se faire aider, on le constate souvent... comment expliquer cette non envie d’aller vers les autres pour trouver de l’aide ?

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La psychologue clinicienne Michèle Guimelchain-Bonnet a accordé une interview à Aidant attitude. Elle anime une émission sur Radio Vivre FM, intitulée « La parole aux aidants » dont les moments choisis sont retransmis en podcast sur Aidant attitude. Cette interview sera diffusée en plusieurs parties. Aidant attitude vous invite à en découvrir la première partie, dans laquelle il est principalement question de savoir pourquoi la majorité des aidants refuse de se faire aider au début de leur vie d’aidant.

Aidant attitude :

Les aidants ne veulent pas se faire aider, on le constate souvent… comment vous, en tant que psychologue, vous interprétez cette non envie d’aller vers les autres pour trouver de l’aide ?

MGB :

Je n’interprète pas car il faudrait avoir une relation personnelle, très privilégiée avec les personnes.
Je me contente d’essayer de comprendre à la lumière de ce que je sais du fonctionnement affectif et social d’un être humain.

Pourquoi les gens ont du mal à se repérer comme aidants ? Et surtout comment ?

Je vous donne déjà une réponse.

Être aidant est une fonction et une position par rapport aux parents, essentiellement aux parents, ou au conjoint, ou à l’enfant qui naît avec un handicap quelconque. Cette fonction existe depuis que l’homme est
homme. Mais elle n’a pas été étiquetée comme telle.

Il est vrai que jusqu’à la fin du XIXème siècle, même peut-être le début du XXème siècle, dans la mesure où les familles étaient des familles à plusieurs générations sous le même toit, les questions ne se posaient pas
de la même façon. À la campagne, surtout dans le milieu rural, on le voit.
Les grands parents présents s’occupaient plus ou moins, ils veillaient aux petits-enfants, et les petits-enfants devenus grands, prenaient soin de la grand-mère qui commençait à perdre la tête. Elle ne faisait pas grand-chose mais elle était là, elle était nourrie, on l’empêchait de fuir, de fuguer, on essayait de la maintenir avec une hygiène minimum. Les questions n’étaient pas les mêmes. Tout existait comme aujourd’hui, mais n’était pas nommé, ni repéré. Ce n’est que très récemment que ces questions se sont exacerbées, sorties du contexte, avec la diminution de la taille de la cellule familiale et une nouveauté : les familles recomposées.

« Je m’occupe déjà de ma mère, je ne vais pas m’occuper de la tienne. Bon, ma belle-mère encore, passe ! Mais la mère de mon nouveau compagnon, ça me fait trois vieilles mères à prendre en charge, là ça fait trop ! »

Par ailleurs, le nombre de femmes salariées a considérablement augmenté. Les femmes ne sont plus autant présentes à la maison. Pour cette raison, il a fallu mettre en place tout le système des auxiliaires de vie et des personnes qui vont pallier l’absence de ceux qui étaient là…

Aidant attitude :

Ce que vous êtes en train de dire, si je comprend bien, c’est que le mode de vie a changé ?

MGB :

Oui !! La société ne fonctionne plus de la même façon.

Aidant attitude :

Il a fallu s’adapter pour trouver des palliatifs à la non présence de la mère à la maison ?

MGB :

Généralement les femmes étaient présentes à la maison et les hommes partaient gagner de l’argent. Le changement est important, mais comme je l’ai déjà entendu dans des conférences, l’instinct maternel pousse à s’occuper du parent malade etc.…J’ai demandé très clairement, « Y a t-il des gènes du soin qui existent chez la femme et ne sont pas présents chez l’homme? » Cette interrogation a fait rire tout le monde bien que ce soit une vraie question. Le naturel d’autrefois ne l’est plus aujourd’hui.

J’ouvre une parenthèse : je refuse obstinément de parler d’aidant naturel parce que je pense qu’il n’y a rien de naturel dans l’affaire. Je préfère aidant familial pour faire une distinction avec les aidants professionnels.

Comme on s’est rendu compte qu’effectivement, il y avait des gens qui rendaient service aux personnes dépendantes de leur entourage immédiat, une prise de conscience s’est installée. L’APF l’a mis en
valeur : les parents des enfants handicapés, surtout les handicaps moteurs lourds, qui jusqu’aux dernières lois de 2005, par exemple, ne pouvaient pas scolariser les enfants. L’un des parents devait s’arrêter de travailler. La plupart du temps les femmes restaient à la maison.

Le fait que de plus en plus on travail, qu’on s’occupe de ses enfants et qu’on passe tous les weekends chez ses grands-parents parce qu’ils ont besoin des courses, du ménage, de certains soins, on s’est donc rendu compte qu’il y avait des gens dont la fonction était officiellement une fonction d’aidant. Au fur et à mesure que les taches s’alourdissent, les enfants adultes vont passer une heure, puis deux heures, n’ont plus de soirée pour eux
et ne s’occupent progressivement plus de leurs enfants autant qu’ils le souhaiteraient. Quand ils ont une journée de repos en semaine, ils filent chez les parents, etc.

Être aidant représente une charge supplémentaire venant s’ajouter progressivement et insidieusement au quotidien de la vie courante. La coupe doit être pleine pour que tout d’un coup, les aidants prennent conscience qu’ils sont dans cette position. Je pense que ça, c’est une des plus grandes difficultés.

Alors après il y a l’obligation « je dois rendre ce que j’ai reçu ». C’est vrai mais pas à n’importe quel prix et là il se joue vraiment des tas de choses qui sont liées à l’histoire de chacun.

Lire la deuxième partie de l’interview

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