Charles Beigbeder est un homme d'affaires, fondateur de cinq entreprises. Engagé à la fois en tant que patron et citoyen dans la vie de notre société, il nous livre ses idées face aux enjeux de la dépendance.

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Charles Beigbeder est un homme d’affaires, fondateur de cinq entreprises. Engagé à la fois en tant que patron et citoyen dans la vie de notre société, il nous livre ses idées face aux enjeux de la dépendance.

1) Vous avez encore vos deux parents ? Comment percevez-vous la possibilité d’entrée en dépendance de vos parents? Pour reprendre le titre du dernier livre de Marie de Hennezel “qu’allons nous faire de vous?”, vous, qu’allez-vous faire de vos parents ?

Je n’ai pas vraiment réfléchi à l’éventuelle entrée en dépendance d’un de mes parents. Je ne me suis pas projeté, toutefois, je les vois mal dans une maison de retraite, et pour cette raison j’essaierai de les maintenir le plus longtemps possible à domicile. Ayant la chance de pouvoir vraisemblablement subvenir financièrement à une charge potentiellement importante de soins et d’intervenants, je ferai le maximum pour eux.
Je suis conscient de la charge financière importante et du stress parfois démesurés que peut nécessiter pour une famille, la prise en charge d’un proche en perte d’autonomie, ou en situation de très grande dépendance. Ce problème suscite toute mon attention de politique pour trouver des solutions, et être force de propositions.

2) D’après vous, quel rôle devraient jouer les politiques face à l’enjeu majeur de la prise en charge de la dépendance dans notre société ?

Le rôle des politiques devrait être multiple tant au niveau du respect des valeurs au sein de notre société, que sur la proposition de nouvelles idées pour le financement de la dépendance et le statut des aidants. Je m’explique : respecter nos aînés me parait fondamental à l’heure où recréer du lien entre les générations s’impose comme une nécessité de partage, d’entraide et de transmission des valeurs face à des modèles familiaux parfois éclatés.
Notre société ne peut passer à côté de ses vieux et futurs vieux que nous serons tous un jour. C’est une question politique et sociale que de bien vivre chaque moment de sa vie en le partageant avec ceux que nous aimons, et en nous entraidant.
Pour l’aspect financier, j’ai toujours préconisé la mise en place d’un Plan Epargne dépendance qui pourrait être souscrit par plusieurs membres d’une même famille, et se transmettre de génération en génération afin de capitaliser en vue de subvenir à une éventuelle entrée en dépendance. Là encore le rôle des politiques serait de proposer des solutions innovantes et d’encadrer leur mise en place, sur la base des recommandations d’experts. J’ajoute que le sujet de la dépendance devrait être un sujet consensuel sur les solutions à déployer, quelle que soit notre appartenance politique.

3) Alors que l’on cherche des remèdes contre le chômage, le secteur des services à la personne ne pourrait-il pas en être un ?

Effectivement la revalorisation de ces métiers devenus essentiels pour notre société moderne passe par des diplômes mieux définis, gradués, encadrés, et mieux reconnus par l’état. Les salaires et tarifs pratiqués devraient également être revus et faire l’objet de l’élaboration de grilles. La création d’un label de qualité englobant l’ensemble des métiers des services à la personne pourrait constituer un atout supplémentaire, à terme, pour cette filière désormais indispensable et prometteuse en terme de création de nouveaux emplois et nouveaux métiers.

4) En France, aujourd’hui, sommes nous tous égaux face à la maladie ? La mort n’est-elle pas encore trop souvent un sujet tabou dans nos sociétés européennes modernes ?

La fin de vie est un vaste sujet qui soulève des questions d’ordre éthique à notre société. La légalisation de l’euthanasie me parait intolérable face à une loi Léonetti qui me paraît bien adaptée et en recherche de consensualité face à des décisions douloureuses pouvant intervenir lors de l’accompagnement en fin de vie d’un proche. Il me semblerait inapproprié de dériver vers une euthanasie légale sous prétexte de répondre à de trop rares cas particuliers. Nous ne sommes effectivement pas égaux face à la mort dans le cas de longues maladies, et de situations extrêmes de dépendance, à la fois sur le plan financier et matériel, et sur le plan affectif de notre entourage, et de sa capacité à nous aider. Nous devons développer la culture des soins palliatifs partout où il est possible de le faire, car l’accès à ces soins demeure encore trop confidentiel.

5) Quelles actions immédiates de proximité au niveau des quartiers, souhaiteriez-vous mettre en place pour aider les familles ayant à charge un proche dépendant ?

Il faudrait mener une action d’information et de prévention à la fois en propageant et distribuant des guides comme le fait Aidant attitude, mais aussi avec des relais de proximité passant par la mobilisation des professionnels à tous les niveaux et dans chaque discipline. Favoriser la coordination entre les médecins de ville, urgentistes, hôpitaux, EHPAD me parait être une priorité à mener sans dépenser des moyens importants, mais en utilisant la proximité et en faisant se rencontrer les professionnels entre eux et les familles avec les professionnels pour faire tomber certains préjugés tenaces et nuisibles pour chacun d’entre nous. Si nous pouvons à la fois faire des économies et gagner du temps en créant du lien et de la coordination terrain, alors le pari de la dépendance sera en partie gagné !

Propos recueillis par Pierre DENIS

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