Nous pouvons avoir la sensation que la relation est à sens unique mais il faut aller jusqu’au bout de l’accompagnement pour s’apercevoir qu’il n’en est rien…

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Dans une première partie d’entretien, Nicolas Martinet évoquait le lien très fort qui l’unissait à sa grand-mère et le privilège d’avoir pu l’accompagner. Auteur du livre « Le grand âge est à l’abandon ! »* et Directeur de maison de retraite, il regrette que l’équipe de Direction passe plus de temps dans le maelstrom administratif qu’auprès de la personne âgée et du personnel. Suite et fin de cet entretien…

Lire la première partie de l’entretien >>

Vous parlez beaucoup dans le livre de la sécurisation des personnes âgées qui semble compter plus que leur bien être ?

Notre société veut arriver au risque zéro. Mais c’est contraire à la vie ! Le risque est inhérent à la naissance ! Ma grand-mère, malade d’Alzheimer, était en situation de risques chez elle… Mais elle était libre ! En tant que directeur d’établissement, je passe plus de temps à gérer l’avalanche administrative qui me tombe dessus chaque jour qu’à être là où je devrais être, auprès du personnel et des personnes âgées. Les députés légifèrent sur tout et sortent un millefeuille ingérable de textes. Nous sommes dans un système de non sens où chacun ouvre son parapluie pour se protéger au cas où… Tout doit être tracé pour savoir qui est responsable. Nous avons le sentiment qu’on ne sait plus faire confiance aux personnes. Mais comment faisaient les congrégations de religieuses qui pendant des décennies ont pris en charge les personnes fragiles ? Elles fonctionnaient avec l’intelligence du cœur ! L’amour seul peut remettre une personne debout. Evidemment, l’amour ne peut éviter une fausse route… mais une fausse route est un des risques liés au grand âge. Moi, je veux réinstaurer une relation de confiance pour que mon personnel se sente valorisé et responsable et qu’il ait envie de s’investir sans injonction ni abus de contrôles. Notre société doit accepter plus de risques pour permettre plus d’humanité sans inflation de coûts.

Avez-vous un exemple concret des dilemmes que vous gérez pour des raisons de réglementations administratives ?

Tout récemment, j’ai eu une visite de contrôle des pompiers. Ils exigent que l’établissement ait trois veilleurs de nuit pour des raisons de sécurité incendie. Je vais donc devoir mobiliser un poste de nuit qui serait bien plus utile le jour pour le bien être des personnes et ce, au cas où… C’est un vrai dilemme mais je suis obligé de suivre ces consignes.

Les familles sont les premières à exiger cette sécurisation. C’est d’ailleurs souvent la raison évoquée d’une décision d’entrée en maison de retraite…

Les familles culpabilisent beaucoup et la notion de risque facilite la décision d’un placement. Mais aucun établissement ne peut garantir le risque zéro. Les personnels soignants des établissements sont là pour prendre en charge les gestes quotidiens qui ont souvent usé l’aidant familial. Combien de conjoints sont allés jusqu’au bout de leur force… Mais l’aidant familial doit rester au cœur de l’accompagnement pour tout ce qui relève de l’affectif et du ludique. Encore une fois, l’aidant professionnel doit être là par défaut en quelque sorte. Il n’a pas l’histoire de la personne, si importante notamment en fin de vie. C’est l’aidant de toujours qui est détenteur de cette histoire. Il ne devrait donc pas y avoir de rupture entre le domicile et l’établissement mais un prolongement afin de décharger les familles et non les remplacer…

Mais le travail du personnel ne peut pas non plus se réduire à des gestes techniques !

Bien sûr. Mais il ne peut pas non plus prétendre se substituer à la famille. Le personnel n’a pas toujours le temps de la relation. Vous savez, les personnels qui viennent pour chercher un salaire au travers de gestes uniquement techniques ne tiennent pas. Ceux qui tiennent aiment leur métier et les personnes. Une équipe pluridisciplinaire peut essayer de remplacer au mieux une famille. Il existe d’ailleurs des familles qui se confient à ces équipes. A cette condition là, il peut être possible d’apaiser une personne. C’est ce travail main dans la main avec les familles qui est appliqué dans les unités de soins palliatifs et souhaité dans les EHPAD. Effectivement, le personnel ne doit pas devenir un personnel de techniciens froids qui s’abritent derrière des réglementations. Ce dont on manque le plus, c’est de temps et donc de personnels. Le personnel est formé à la nécessité de n’apporter qu’une aide mesurée à la personne âgée dans les gestes essentiels de la vie (marcher, manger, se laver…) pour maintenir le plus longtemps possible son niveau d’autonomie. Dans la réalité, le manque de temps rend, en partie, inapplicable cette consigne : faire à la place de va plus vite qu’aider à faire…

Le mieux peut être l’ennemi du bien et le désir de sécurisation une forme de politesse du désespoir.

Propos recueillis par Nathalie Cuvelier, Webinage

* Editions Salvatore. Peut-être commandé en ligne.

2 Commentaires

  1. Aide-soignant.
    je suis entièrement d'accord avec vous.

  2. un très grand Merci pour se réconfort je suis aide soignant en gériatrie depuis 34 ans et je suis au coeur de se débat . . .

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