Personnellement ce film m’a profondément dérangé et interpellé, mais je cherche encore pourquoi ?

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En sortant de la projection du film « quelques heures de printemps », une spectatrice s’est spontanément rapprochée de moi en me demandant : « comment avez-vous trouvé le film ? Il ne vous a pas perturbé vous ? Parce que moi j’ai trouvé le film fade et je n’aimerais vraiment pas finir ma vie comme cette femme ! ». Personnellement ce film m’a profondément dérangé et interpellé, mais je cherche encore pourquoi ?

Au-delà du sujet sur la fin de vie et l’euthanasie, le réalisateur nous plonge en immersion totale dans la vie triste, solitaire et monotone d’une femme seule, âgée, dans un pavillon de banlieue et dont le fils sorti de prison partage momentanément le domicile. Les images sont crues. Sans fioriture, la caméra nous fait pénétrer dans une atmosphère pesante, ou la solitude s’installe comme une actrice omniprésente et gênante. L’amour entre la mère et le fils ne s’exprime pas ; ne peut s’exprimer car les personnages n’arrivent pas à se le dire.

Le fils apprend par hasard en ouvrant le tiroir d’une commode que sa mère est gravement malade d’un cancer en phase terminale. Parmi les papiers, il trouve un contrat signé par sa mère avec une association suisse pour avoir recours au suicide assisté le cas échéant.

L’impossibilité de communiquer de l’amour se traduit également chez le fils dans un rapport avec une jeune femme qu’il rencontre, et avec laquelle il aura un rapport sexuel. Incapable de dire qu’il l’aime ; tout comme sa mère est incapable de dire son amour à son fils, une violence verbale et du non dit s’en suit entre les deux personnages principaux.

Un univers sans intérêt, une solitude implacable, où les journées défilent et se ressemblent toutes sans joie, ni rire, sans partage, avec pour seule issue une maladie fatale.
A l’annonce du diagnostique du médecin, après un scanner, la mer décide de mettre en pratique sa demande de suicide assisté et se fera conduire en Suisse par son fils, qui l’accompagnera, sans mot, jusqu’au bout. Ce ne sera qu’à la dernière minute avant sa mort que la mère dira à son fils qu’elle l’aime.

Après avoir subi l’ambiance quotidienne et pesante de l’univers des personnages, le spectateur se trouve confronté à la dramatique réalité d’un acte, voulu et volontaire, démédicalisé en l’absence de médecin, dont la pratique stupéfiante dans la maison d’une habitante en Suisse, peut dérouter et perturber le spectateur.

La petite vie vide, fade, et sans joie de cette femme s’achève par l’achat d’un suicide assisté si simple dans sa pratique qu’il en est choquant face au caractère sacré de la vie.

Peut-on acheter sa mort et la vouloir au point d’écourter sa fin de vie de la sorte ? Est-ce acceptable et supportable pour les proches accompagnants ? Est-ce si simple de mourir ? Sans avoir pu exprimer au quotidien l’amour pour son fils, le suicide assisté au-delà de la peur des souffrances engendrées par une maladie grave et irréversible, s’avère être dans le film une issue pour ne plus avoir d’autre choix que d’exprimer son amour au moins une fois avant de partir. Fruit d’un mal être, et d’une vie sans envergure, en dehors de la maladie, cet acte ne peut être cautionné par le médecin, qui dans le film montre toutefois du respect pour la décision de sa patiente.

Ne confondons pas euthanasie et suicide dans le cas de cette femme. Le recours aisé au suicide ne peut-il pas entrainer :
– une dérive à la pratique insoutenable pour les proches accompagnants ?
– un moyen de libérer des proches incapables de prendre un rôle d’aidant que ce soit financièrement ou psychologiquement ?

Ces questions terribles touchant à l’acte volontaire de mettre fin à une vie face à une maladie incurable demandent certainement des réponses adaptées de notre société face à la perte d’autonomie ou une situation de très grande dépendance face à l’évolution d’une maladie.

Le film montre que l’acte courageux ne réside pas dans le suicide programmé de cette femme : se battre contre une maladie jusqu’au bout nous semble courageux et naturel ; se suicider délibérément n’est pas naturel ; cet acte, même assumé, n’est-il pas une fuite égoïste face à un mal être pour ne pas subir une maladie ?

Le suicide est un acte d’une grande brutalité, qui doit nous interpeler tous sur notre rôle, et la façon de quitter la vie, tournés vers les autres, vers notre personne, ou vers les deux à la fois.

On ne peut s’empêcher de penser à l’euthanasie en regardant cette histoire, qui pourtant ne traite de ce sujet à aucun moment, la maladie ne générant aucune souffrance violente pour son héroïne.

Article rédigé par Pierre DENIS

Un commentaire

  1. J'ai vu ce film qui ne m'a pas dérangé,mais bien au contraire, m'a ouvert les yeux et persuadé de ne pas attendre de ne plus pouvoir bouger; d'etre à la merci des autres; cela je ne l'envisage surtout pas; c'est donc pourquoi à ce jour, je suis à la recherche des démarches à accomplir pour rester maitre de MA vie,et d'etre certain que celle-ci s' arretera lorsque MOI je l'aurai décidé.....

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