Le film magistral de Michael Haneke, «Amour», m'a touché au plus profond de mon expérience d'ancien aidant ...

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Le film magistral de Michael Haneke, «Amour», m’a touché au plus profond de mon expérience d’ancien aidant. La justesse des décors, des lumières, du cadrage et le jeu incroyable des acteurs m’ont permis de revivre des scènes similaires à celles vécues lors de l’accompagnement de mes parents dans leurs fins de vies respectives.

L’accompagnement tragique de cet homme, amoureux de sa compagne d’une vie, nous montre le naufrage d’un couple face à la vieillesse et surtout face à la dépendance provoquée par la maladie sournoise et terriblement destructrice.

De l’identification de la maladie à une fin terrifiante, les scènes réalistes, sans artifice se succèdent : la promesse difficile et incertaine de ne pas finir à l’hôpital; la visite de l’ami de toujours renvoyant le couple face à une tristesse infinie; la fille impuissante rejetant sur un père désemparé sa propre culpabilité; la dégradation du corps et de la personne; le désespoir généré par la perte de communication verbale; la maltraitance; l’agonie et la souffrance extrêmes d’un Amour; le vide pour nos survivants après la mort.

Michael Haneke montre la gravité et l’enjeu humain de l’accompagnement en fin de vie d’un proche. Au delà de la maladie dégradante, se trouve traitée au coeur de ce grand film, la transmission, jusqu’au dernier souffle, d’une humanité fragile emprunte génétique de chaque être humain.

L’acte violent, singulier, complexe, désespéré, et libératoire d’un homme solitaire face à la souffrance de sa compagne ayant exprimé l’envie d’en finir, nous renvoie à la difficulté, au grand désespoir et à la folie destructrice générée par l’insoutenable.

Le film s’achève symboliquement sur la fille assise sur le fauteuil de son père, perdue dans ses pensées, dans un appartement vide : elle prend la place de son père … Elle nous ressemble, nous aidants qui avons projeté notre propre fin dans ce décor à la lumière blanche désormais froide, déserté de ses acteurs…

Article rédigé par Pierre DENIS

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