Ancien médecin généraliste, aujourd’hui urgentiste, le Dr Gibert est le référent d’une équipe mobile de gériatrie* depuis janvier 2012.

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Ancien médecin généraliste, aujourd’hui urgentiste, le Dr Gibert est le référent d’une équipe mobile de gériatrie* depuis janvier 2012. En menant au sein des urgences un programme de prévention, il tente d’œuvrer pour le maintien à domicile des personnes âgées dans de bonnes conditions, pour leur éviter des hospitalisations répétées, faute de mieux…

Votre action de prévention des hospitalisations d’urgence est partie d’un constat…

Oui, ce constat est que de plus en plus de personnes âgées arrivent directement aux urgences**, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, avec la mention du généraliste «  maintien à domicile devenu impossible  », en raison de leur état de santé et/ou d’un problème social, ce que nous voyons fréquemment de nos jours.

Elles attendent longtemps sur un brancard inconfortable avant d’être prises en charge par des services d’urgence auxquels la population recourt de plus en plus et qui sont de fait surchargés.

On sent de la colère ?

Aucune colère  ! Mais la volonté de tenter de faire évoluer les choses dans un sens différent,  pour une régulation des personnes âgées dont le maintien à domicile devient problématique et une meilleure prise en compte des difficultés rencontrées par leurs aidants. Pour cela, il faut faire en sorte que les médecins traitants et les aidants en difficulté appellent l’équipe mobile de gériatrie avant d’envoyer un patient âgé aux urgences. Cela change tout ! Nous pouvons alors faire un accueil spécifique et éviter à la personne une situation de stress. Il va falloir faire un gros travail de sensibilisation et d’information sur l’existence de nos équipes, nous l’avons débuté et cela commence à porter ces fruits mais trop lentement  ! Le pourcentage de personnes âgées va grandissant à l’heure actuelle aux urgences et il le sera aussi dans les années à venir.

Quelle action menez-vous ?

Le rôle de mon équipe est d’évaluer les personnes de plus de 75 ans (parfois des personnes plus jeunes) dès leur passage aux urgences pour détecter, en amont de situation de perte d’autonomie, celles en voie de fragilisation. Nous savons très bien qu’une personne mal prise en charge et renvoyée chez elle dans de mauvaises conditions (par exemple si l’on n’a pas vérifié qu’elle était en sécurité à son domicile) va immanquablement revenir aux urgences. Ne voir et ne traiter que les pathologies sans prendre en compte les conditions de vie de la personne et de ses proches, c’est de la gabegie d’argent et du temps perdu pour le bien être de tous. Nous demandons à voir la famille pour cette évaluation et ce sont parfois les proches eux-mêmes qui sont en état de fragilisation.

Parlez-nous des aidants que vous rencontrez au hasard d’une hospitalisation ?

Ont été admis cette année trois aidants en service de réanimation ! C’est dire jusqu’où peut conduire un «  burn out  » de l’aidant. Ils ne doivent pas présumer de leur force physique et morale. S’ils craquent, ils mettent l’aidé en situation périlleuse d’où l’importance pour eux de se préserver et pour nous de les aider de notre mieux. J’ai un exemple significatif  : un conjoint ne pouvait plus sortir son épouse parce que le pas de porte ne permettait pas le passage du fauteuil roulant  : il a craqué n’osant faire appel ! Pourtant, il existe des dispositifs d’aide pour ce genre de problèmes très matériels.

Vous militez pour un retour le plus rapide possible au domicile ?

Je suis favorable au maintien à domicile de la personne âgée pour le respect de son souhait (ou celui de ses proches) de rester chez elle. Pour une personne qui a des troubles cognitifs, le changement brutal d’environnement peut entraîner une décompensation soudaine et l’hospitalisation n’est pas toujours la bonne solution. Le retour à domicile n’est pas toujours possible mais le plus important est d’aider les familles à trouver des solutions intermédiaires ou temporaires adaptées car l’hospitalisation n’est pas une solution de répit pour les familles. Il en existe d’autres et nous travaillons avec nos partenaires en ce sens, avec la mise en place d’un «  parcours de santé de la personne âgée  » qui inclura la prise en compte des aidants.

*Hôpital de Boulogne sur Mer
** 450/mois dans ce service d’urgences

Propos recueillis par Nathalie Cuvelier, Webinage

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