Inès Derome est infirmière libérale depuis plus de 25 ans. Elle nous explique son quotidien et aussi pourquoi elle aime son métier.

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« Je me sens responsable des personnes âgées, parfois isolées, que je soigne à domicile. Elle représente 80% de mes patients ». Inès Derome est infirmière libérale depuis plus de 25 ans. Elle a fait le choix du domicile, après avoir travaillé à l’hôpital, pour exercer son métier comme elle l’entend, avec un engagement et une vocation sociale qui vont au-delà de l’acte de soin. « Dès que l’on entre dans l’intimité des personnes, elles attendent un peu plus de nous et c’est normal ».

Des journées bien remplies
Inès arrive au pas de course à notre rendez-vous pris en toute fin de journée. Elle semble fatiguée mais très heureuse, me dit-elle, de parler de ce métier qu’elle ne lâcherait pour rien au monde. « Je fais des journées de huit à neuf heures de soins, avec des réveils très matinaux et une à deux heures d’écriture administrative. Je vois en moyenne 25 personnes par jour, entre une à trois fois en fonction de leur situation. Je ne suis jamais malade et ça fait partie de mon engagement auprès des personnes mais j’ai à présent une associée et c’est beaucoup mieux ainsi. »

Une pression sociale de plus en plus importante
Inès est convaincue que le maintien à domicile est souhaitable mais conditionné à l’existence d’un réseau, médical et familial, autour des personnes âgées. « J’ai aujourd’hui 50% de nonagénaires sur les 80% de personnes âgées que je soigne. Il n’y a pas assez de monde du côté des professionnels pour répondre à ce vieillissement de la population. Par ailleurs, l’engagement des personnels n’est pas toujours là. Quand on fait du soin à domicile, on ne peut pas ne pas se présenter au dernier moment. Ce n’est pas possible. C’est une personne en situation d’inconfort qui attend derrière la porte. Du côté des familles, je vois des proches qui font acte de présence mais qui sont accaparés par leur travail ou leurs propres difficultés. Je vois aussi des relations familiales très distendues et même de lourds conflits familiaux qui n’aident pas aux prises de décision… »

S’adapter à chaque situation
Pourtant, c’est souvent dans l’urgence qu’il faut décider. D’ailleurs, ce matin même, Inès raconte avoir participé à une prise de décision entre le médecin, la famille d’un couple très âgé et elle-même. « C’est une situation finalement assez courante où le conjoint, ici un monsieur avec des problèmes cardiaques, est à risque s’il continue à s’occuper de son épouse dépendante. C’est aussi une situation que l’on voudrait plus courante où tout le monde est présent et communique, ce qui facilite la décision d’un placement en établissement. » Parmi les cas difficiles, on trouve les personnes âgées sans famille (ou alors une famille avec laquelle ils ont coupé les ponts depuis longtemps) et peu de revenus. « Quand mes filles étaient plus jeunes, il m’est arrivé alors qu’elles se plaignaient pour des broutilles, de les emmener en tournée voir des personnes en situation de dénuement. Cela ne les a pas détournées de leur vocation puisque l’une est aujourd’hui psychomotricienne et l’autre fait des études d’infirmière… »

Humaniser la relation
Inès a toujours une pensée pour ses parents, ce qui l’aide à faire son métier autrement. Par exemple, elle refuse de commencer les toilettes dès 6h. « Je ne voudrais pas ça pour mes parents ! » C’est cette attention aux malades comme des personnes avant tout qui l’a portée vers l’accompagnement de fin de vie à domicile. « Avec une équipe professionnelle soudée et une famille qui communique, ce n’est pas si triste la fin de vie… »

Propos recueillis par Nathalie Cuvelier

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